L’élève surdoué n’existe pas. L’intelligence comme une construction et non un don.

« Il n’est pas intelligent », « Il n’est pas capable », « Il n’y arrivera jamais »… Je suis sûre que ces remarques ne vous sont pas totalement inconnues. Pour ma part, je dois avouer qu’elles ont même le don de m’insupporter.

Selon Albert Jacquard, chercheur et essayiste français (1925-2013), l’intelligence se construit à partir du moment où l’on fait fonctionner son cerveau. Ainsi la « vraie forme de intelligence » serait d’après lui de « comprendre que l’on n’a pas encore compris et de faire le nécessaire pour comprendre quand même ».  

« Celui qui lève le doigt dans une classe en disant « je n’ai pas compris » prouve qu’il a compris qu’il n’avait pas compris. » (Albert Jacquard). C’est donc une forme d’intelligence.

La notion de « surdoué » serait alors dénuée de sens, « il est criminelle de dire à un enfant « tu  n’es pas doué, tu n’es pas capable […] et par conséquent tu vas rater » ». Le préfixe « sur » implique une hiérarchie or « l’intelligence n’est pas quelque chose que l’on reçoit mais quelque chose que l’on construit ».

Je vous invite à visionner l’interview d’Albert Jacquard d’où sont extraites ces citations. Une vidéo que j’ai d’ailleurs montrée à mes élèves lors d’une séance d’accompagnement personnalisé en leur expliquant justement le principe de construction de l’intelligence.

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J’ai eu la chance d’assister à une conférence de Pascale Toscani, enseignante-chercheuse, maître de  conférence en psychologie-cognitive. C’est grâce à elle que j’ai découvert Albert Jacquard et cette notion de « vraie intelligence ». Elle encourage d’ailleurs l’explicitation aux élèves du principe de construction de l’intelligence. En effet, Pascale Toscani contribue à la formation des enseignants et conduit, depuis plusieurs années, des programmes de  formation pour introduire les connaissances liées aux  neurosciences dans l’acte éducatif.

Conférence « L’intelligence reconsidérée à la lumière des neurosciences éducatives », Pascale Toscani.

« Pour apprendre bien, un enfant a surtout besoin d’être regardé. C’est important que l’enfant puisse être regardé et que l’enfant soit sûr que les adultes qui vont l’accompagner sur le chemin de la vie, croient en son éducabilité, en son intelligence, sans l’ombre d’un doute. C’est très important parce que ce regard va déposer en lui ce qui lui tiendra chaud au cœur toute la vie, « Tu es capable ». » (Pascale Toscani)

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Finalement on en revient au principe d’éducabilité de Philippe Meirieu, soit le postulat selon lequel tout enfant et tout être humain est éducable et qu’on peut le faire progresser. On pourrait également évoquer les représentations, après tout comme disait Albert Jacquard, dîtes à une fille qu’elle est laide tous les jours, elle va finir par le croire même si elle ne l’est pas. C’est pourquoi en tant qu’enseignants, nous pouvons être responsable de ces représentations ,  il est donc essentiel d’être vigilant.

 

« Si l’on ne postule pas que les êtres que l’on veut éduquer sont éducables, il vaut mieux changer de métier ». (Philippe Meirieu)